dimanche 10 janvier 2010

"GENERATION BARU" : road-movie de la BD en Lorraine


BARU - intégrité post-ouvrière et esprit rock'n'roll dans la BD

Petit rappel biographique

Hervé Barulea a pris pour "nom de plume" dans la BD le surnom "Baru", qui sonne comme un cri de guerre. Il s'agit en réalité du diminutif qu'utilisaient ses potes de Sainte-Claire (cité ouvrière à côté de Villerupt, en Meurthe-et-Moselle) - tous fils d'ouvriers. Leurs parents, immigrés à majorité italienne, représentaient l'essentiel du "contingent" du bassin sidérurgique de la Lorraine industrielle de l'après-guerre.

Baru n'a rien oublié de cette jeunesse lorraine : le brassage culturel, une classe ouvrière alors triomphante, les débuts du rock'n roll (passion qui ne l'a plus quitté depuis).
C'est tout cela qui se lit en filigrane dans son oeuvre en BD.

Il faut y ajouter une solidarité naturelle et presque atavique pour les laissés-pour-compte, les hors-caste, et tous ceux qui luttent contre le détermi-
nisme de leur origine.

Parmi ses plus belles réussites, on citera "Quéquette blues", Alfred du meilleur 1er album à Angoulême en 1983 ; "Le chemin de l'Amérique", Alph'art du meilleur album en 1991, récompense qu'il recevra également pour "L'autoroute du soleil" (2002). (ce dernier album a la particularité d'avoir connu une première parution au Japon et est considéré comme "le premier manga français", formule qui horripile Baru...)


"Les années Spoutnik" sont une série de 4 albums, récemment réédités en un seul volume, où il relate le quotidien d'une cité ouvrière à la fin des années 50, du point de vue d'un groupe d'enfants très proches de ceux de "La Guerre des Boutons".

Un chef-d'oeuvre passé un peu inaperçu à sa sortie (le découpage en 4 albums et le changement de ton par rapport à ses albums précédents a dérouté les lecteurs). Il faut impérativement relire ou découvrir cette fresque qui raconte une enfance, un milieu, à travers des anecdotes parfois cruelles, parfois tendres, mais toujours très dynamiques. Baru ne se refait pas...


LE FILM

"Génération Baru" est un film documentaire d'un genre particulier (ou en tous cas un mélange des genres personnel) qui m'a permis d'évoquer un milieu et des préoccupations que je connais ou que j'ai connues. La passion pour le rock'n roll est certainement le "liant" qui a permis de bien communiquer avec Baru sans avoir besoin de trop expliquer. La découverte de cette Lorraine voisine (je suis alsacien d'origine) et pourtant "exotique" pour moi a fait le reste.

Du point de vue du style, je souhaitais obtenir quelque chose de léger, vif, proche du "road-movie" et aussi, pour avoir adoré le film "American Splendor", je voulais intégrer de manière très naturelle les cadres de BD de Baru, ou l'incruster dans ses cases, ses dessins, son univers graphique.

Enfin, pour que le portrait soit complet et un tant soit peu fidèle, je ne pouvais me dispenser de la présence de ses potes d'enfance, ceux dont il dit lui-même qu'"on les reçoit dans sa vie en même temps que sa famille"...


Le résultat est un film vivant, j'espère, qui tente de montrer des facettes différentes d'une personnalité atypique de la BD française ; un type secret, qui n'a pas la langue dans sa poche et qui persiste à ne pas vouloir être dupe de ce que la société lui propose.


Parmi les personnalités que l'on croise au cours du film, on trouve J-Marc Thévenet, ancien directeur de la revue "Pilote" et scénariste du "Chemin de l'Amérique", Frank Margerin, célèbre auteur de BD et ami du dessinateur, Antoine Compagnone, directeur du festival du film italien de Villerupt (pour lequel Baru réalise 5 affiches), Dino (du tandem "Shirley et Dino"), originaire de Villerupt et qui retrouve avec les BDs de Baru ses souvenir d'enfance), Florence Cestac, auteur(e) de BD, qui a accompagné les débuts de Baru...



LA MUSIQUE DU FILM : Baru étant passionné de rock, la bande-son du film devait en rendre compte. Elle a été composée spécialement pour l'occasion, et mélange le "early rock'n roll" et aussi un peu Nino Rota pour les influences italiennes ! En outre, une chanson, "Quéquette Blues", a été écrite spécialement pour le film, reprenant les paroles de J-Paul Mourlon reproduite dans l'album (un groupe joue sur scène lors d'un bal en 1966) dans un style rock des années 60, façon Who-Kinks, etc.)
Si vous en faites la demande, je vous en envoie grauitement un mp3 par e-mail !



Documentaire produit par Oxygène Production.
Il a été programmé dans sa version intégrale (59 min) au festival d'Angoulême 2010 (projeté 4 jours de suite à des horaires différents).
Il vient de sortir en DVD (avec plusieurs bonus !) dans le coffret "Villerupt 1966", grâce aux éditions des Rêveurs.
Il sera également diffusé sur France 3 Lorraine dans un format 26 min ... le 29 janvier 2011, pendant le festival d'Angoulême présidé par Baru !
Pile un an plus tard... Mieux vaut (très) tard que jamais...


LES VIDÉOS :

Quelques extraits du film :
(double-cliquer sur l'image)




Liens :




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ADDENDUM

Les albums de BARU touchent plusieurs générations et les Lorrains en particulier sont très attachés à ce qu'il parvient à évoquer en filigrane dans ses albums (en tous cas ceux dont l'action se situe en Lorraine...)

On m'a fait parvenir, à la suite de la projection du film au festival du film italien de Villerupt, des photos-hommages à l'oeuvre de Baru :


A gauche, la famille Ollivier, de Metz (4 générations) avec les 4 albums des "Années Spoutnik" et à droite, Amedeo Napoli, de Nancy (qui possède toutes les affiches du festival de Villerupt, dont les 5 dessinées par Baru)

15 commentaires:

  1. Bravo Jean-Luc pour la vidéo,t'as assuré une fois de plus, j'ai hâte de voir le reste !!!
    Et bravo à Baru pour son talent !
    Frank Margerin.

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  2. Merci à toi, Frank ! Et bravo pour tout !
    Maintenant j'attends de pied ferme la magnifique fresque que tu as promise au groupe il y a un an !! (HAHA)

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  3. La Lorraine exotique : pas mal ! Elle est à découvrir et à aimer, cette région. A travers Baru, c'est une Lorraine attachante, solidaire, engagée et créative dont tu nous fais un beau portrait, avec de bonnes idées, du rythme, une infographie imaginative et un bon son rock'n'roll : bon docu, bravo Jean-Luc, et bravo à Baru, un homme droit dans ses bottes ...
    Florence

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  4. Merci Flo' ! ;-) A mon avis, le Baru, tu commences à bien connaître, hein ! Vivement qu'il y ait un autre film "rock'n roll" lorrain à se mettre sous la dent ! Ciao !

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  5. Bonjour Monsieur MULLER,

    Mes félicitations pour votre travail.
    Etant moi même originaire de Lorraine, je ne peux qu'applaudir cet hommage à notre région, a travers l'oeil de Baru...déléctable !

    Olivier ;-)

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  6. Enfin un doc-film ("mélange des genres personnel") comme on aimerait en voir plus souvent dans les grilles programmes des chaînes télés, ça changerait des docs-formatés sur la bd avec les sempiternelles musiques de Spike Jones.
    Bon le fait de l'avoir vu en HD sur grand écran, dans l'ancien Hôtel particulier d' Alfred Chauchard apporte un léger plus, d'ailleurs il aurait était intéressant que le "Personnage" Baru, voit dans quel décor a été projeté un film sur lui et Villerupt ;-)

    Bravo Jean-Luc, (montage, bande son) et Merci Baru pour l'homme qu'il est !

    Bonne projection à Angoulême.
    "D'un geste hyptnotique J.L.Mandrake fait donner par le jury un prix à Baru, et on se retrouve obligé vouvoyer J.L Muller pour le restant de nos jours…"

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  7. Dans la voiture hier nous étions cinq à nous extasier sur ton talent et sur celui de Baru, et à se dire que vraiment ce film nous a fait du bien et qu'on va s'offrir quelques albums :)
    great stuff!
    Margot

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  8. Merci pour les commentaire, Olivier, Pat et Margot ! Ca fait chaud au coeur. Mais comme le constatait très pertinemment l'ami Pat après la projection, "s'il n'y avait pas Baru, il ne resterait pas grand chose dans le film" - et force est de reconnaître que... ;-)))

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  9. Bonjour,
    J'ai vu votre film à Angoulème et j'en suis ressorti émerveillé.Je lis Baru depuis ses débuts, je suis comme lui fils d'ouvrier, et très sensible à ses émotions et à sa facon de dire comment va le monde, que vous avez trés bien su traduire dans le film.
    J'aurais souhaité le montrer dans notre "petite médiathèque de Saint Pierre" Saint Pierre d'Aurillac village de 1300 habitants dans le sud gironde qui a accueilli pendant la dernière guerre des réfugiés venus du village où est né Baru et avec qui nous sommes jumelés.
    Comment faire pour avoir le film?
    Merci
    Francis Lacroix francislacroix@free.fr
    www.invideoveritas.com

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  10. J'avoue ici ma totale ignorance car je ne connaissais pas Baru (je ne suis pas un spécialiste de BD) mais tout est réparé grâce à ce très bon docu de Jean-Luc. Très agréable à regarder. Et puis un dessinateur qui a vu Jimi Hendrix à Villerupt ne peut que recueillir toute ma sympathie.Grand bravo et respect !

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  11. Un prof de gym qui a bien tourné ! collègue un peu plus âgé (sorti en 1957) j'ai beaucoup apprécié la séquence avec Rébecca Manzoni et le petit film.

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  12. Ah oui, Jimi Hendrix en première partie de Johnny pour sa première tournée en France, avec les nouveaux musiciens de Johnny, Micky Jones Tommy Brown, l'année de la Génération Perdue, répétition avant l'Olympia, beaucoup de chaises cassées dans le nouvel Hotel de Ville de Villerupt
    mais quels souvenirs, Jimi Hendrix époustouflant !
    J'ai rencontré Baru (ou son sosie de frère) de temps en temps au magasin de disques Clavel sur la route d'Audun, quelques années avant sa Gloire, une époque ou je fréquentais aussi le café du Stade avec les copains de Thil.
    Yeah ! c'était le bon temps du rock n'roll...j'aime cette page le magicien !

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  13. Merci pour ton témoignage, jmc (envoie-moi ton nom !)
    J'essaierai de le transmettre à Baru.

    Amitiés
    J-Luc

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  14. Salut,

    Je viens de Lorraine, je suis fan de BD, je pleure la classe ouvrière mais je lâche pas l'affaire, Baru avait tout pour me plaire...
    Mais Baru c'est aussi la boxe et c'est aussi les cité. Les vieilles de Villerupt, mais aussi les futures (Bonne année !) et les actuelles (L'enragé). C'est aussi l'immigration et l'antifascisme...

    Alors moi aujourd'hui, j'habite à la Villeneuve à Grenoble, vous savez le quartier qui a fait votre feuilleton de l'été car un pauvre type s'est fait descendre par plus fort que lui, et les plus forts, ils avaient un brassard "Police".

    Et à la Villeneuve, on a pas que des voitures qui brûlent masi aussi un Boxing Club qui fait du "Sport de proximité", qui est un lieu ouvert pour les jeunes le soir, et puis qui forme des champions

    (surtout un : "Hussein Bayram, un boxeur professionnel, habitant la Villeneuve.
    Son palmarès est impressionnant puisqu'il a été 5 fois champion de France dans la catégorie des poids super mi moyen, 4 fois champion de France en amateur, il a participé aux jeux olympiques d'Atlanta et fut deux fois finaliste du championnat du monde amateur.
    Classé mondial et européen, âgé de 35 ans, sa participation à un gala à Grenoble, organisé par les habitants de la Crique Sud permettrait d'atteindre plusieurs objectifs. Le premier reste bien sûr celui du combat lui même pour permettre à Hussein Bayram de boxer dans sa ville et donc réparer une injustice, avec le soutien de son public. ".)

    Voilà, à la Villeneuve, ou en tout cas à Grenoble, les associations d'habitants et le Boxing Club, on va organiser un Gala de Boxe avec Hussein en vedette.

    Alors, désolé, mais ces questions et invit' sont pour Baru :
    -Tu viens ?
    -Tu nous prêtes des planches (ou des agrandissements) de L'enragé et du chemin de l'amérique ?
    -On peut prendre une image à toi pour l'affiche ?

    On en reparle ?

    Bertrand
    bertrand.robinet@gmail.com
    170 galerie de l'Arlequin
    appt 8507
    38100 Grenoble

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  15. @ Bertrand : Merci ! J'ai transmis ton message à Baru... ;-)
    (il est possible qu'il soit parti en vacances, cela dit...)

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